C’est une échéance qui se rapproche vite, et qui risque de bousculer les priorités du secteur du bâtiment. La nouvelle directive européenne sur la performance énergétique, adoptée au printemps, impose à chaque pays membre de publier avant le 31 décembre 2025 un plan national de rénovation des bâtiments. Un document stratégique censé tracer la route jusqu’en 2050, mais dont l’élaboration s’annonce complexe.
La France, déjà engagée dans plusieurs dispositifs — loi Climat, RE2020, plan pluriannuel de travaux, DPE réformé —, doit désormais harmoniser tout cela dans un cadre unique. Ce plan devra fixer des étapes claires : combien de logements rénovés d’ici 2030, quel rythme de baisse des émissions, quelles priorités pour les bâtiments publics et privés. Un exercice d’équilibriste, entre ambitions européennes et réalités budgétaires.
Sur le papier, la directive veut accélérer la sortie des passoires thermiques et encourager les États à planifier plutôt qu’à improviser. Dans les faits, il faudra coordonner des dizaines d’acteurs : ministères, collectivités, bailleurs sociaux, syndics, artisans, banques, énergéticiens… Et traduire tout cela en chiffres crédibles, financements identifiés, échéances tenables.
Le risque, selon plusieurs observateurs, est que la France peine à tout centraliser. Les régions mènent déjà leurs propres politiques, les aides nationales évoluent chaque année, et la complexité administrative reste un frein majeur. Le gouvernement devra donc bâtir un plan lisible, cohérent et durable, tout en rassurant les ménages sur la faisabilité économique des travaux.
La directive européenne vise un parc immobilier à “zéro émission” d’ici 2050. Cela passe par la rénovation massive des logements les moins performants, mais aussi par l’exemplarité du secteur public. D’ici 2028, les bâtiments neufs devront être “zéro émission”, et les rénovations lourdes devront tendre vers ce modèle. Pour la France, cela signifie repenser le calendrier, revoir certaines normes et sans doute revoir la RE2020 pour la mettre en phase avec Bruxelles.
En clair, le pays doit écrire sa feuille de route et prouver qu’il peut suivre le tempo européen. Reste à savoir si ce plan sera un simple document administratif ou un véritable levier pour relancer la rénovation énergétique, secteur clé pour l’emploi, l’environnement et le pouvoir d’achat.